Les experts : Laurent Davezies
Mercredi, 15 Oct. 08
Comment êtes-vous intervenu sur Bagnolet ?
En général, je travaille longuement sur un territoire, en écoutant habitants et décideurs, lesquels présentent ensuite un projet. A Bagnolet, j’ai travaillé sur un temps beaucoup plus court. Le 15 novembre, je donnerais un avis, avec les autres intervenants, mais le processus ne sera pas achevé. J’utilise des données statistiques, des modèles d’analyses. J’ai également visité la ville. Avec le maire, d’abord, puis je suis revenu et je l’ai sillonné seul, en scooter. Se balader dans un paysage urbain aide à comprendre certains chiffres, mais les statistiques restent indispensables. On ne tombe pas sur les tendances de l’emploi sur 10 ans au détour d’une rue !
Quelles sont vos premières observations ?
Bagnolet est un territoire composite, où le relief est majeur dans le clivage de la ville. La situation économique est inquiétante et va s’aggraver si rien n’est fait. La création d’emplois à Bagnolet est très faible, alors qu’elle est très forte vers la Plaine Saint Denis. Autre constat, contrairement à la rumeur, le mouvement d’installation de travailleurs indépendants ou intellectuels, les fameux « bobos », depuis Paris vers les communes limitrophes de l’Est, est très faible à Bagnolet. Ce qui n’empêche pas que l’on constate dans cette commune des écarts de revenus parmi les plus élevés d’Île de France. Autre déséquilibre, un suréquipement en commerces de grandes surfaces mais une pénurie de commerces de proximité. Ou le nombre élevé de gens qui travaillent ou passent des nuits d’hôtel à Bagnolet sans rien y faire d’autre.
Qu’est-ce que vous préconisez, à partir de ce diagnostic ?
Je pense qu’il faudrait racommoder les quartiers, notamment le bas et le haut de la ville. J’ai été frappé de constater que les quartiers populaires sont vides pendant la journée. Il faut y ramener de l’activité. Comme le privé n’ira pas en premier, il faudrait y installer des activités utiles aux gens, des services administratifs, culturels, associatifs… En centre-ville, une rénovation attractive pourrait capter les gens qui viennent travailler, faire leur courses ou dormir à l’hôtel.
Soyez le premier à réagir sur cet article
