Jean-Dominique Secondi. «Valoriser la légitimité culturelle de Bagnolet»
Lundi, 10 Nov. 08
Architecte et consultant en politique culturelle urbaine, Jean-Dominique Secondi a planché sur les démarches a entreprendre pour changer le regard sur Bagnolet, révéler ses qualités et préfigurer les changements. Il nous livre quelques unes de ses pistes de réflexions.
L’existant
Nous avons commencé par mesurer la réalité du territoire culturel. Bagnolet occupe une position centrale entre 4 pôles culturels qui se concurrencent (le Nord-Est Parisien, Bobigny, l’Est-Parisien et Montreuil). La présence de structures culturelles dans une ville a une grande importance symbolique. A Bagnolet, les équipements culturels sont concentrés sur l’ouest de la ville et sont peu visibles.
Une légitimité culturelle ?
A Bagnolet, il existe une forte tradition artistique et culturelle, avec des pratiques contestataires qui ont compté, en particulier dans le domaine de la danse contemporaine. Les pratiques actuelles s’inscrivent dans cette tradition. La ville organise des événements majeurs dans leurs domaines respectifs : les rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et le festival Kosmopolite, sur les cultures graphiques urbaines. Par ailleurs, Bagnolet est au centre de plusieurs projets : l’installation de la compagnie de Marie-Claude Pietragalla, la Fonderie de l’Image avec le CFA-Com, un conservatoire, une salle de spectacle, une galerie municipale d’art contemporain… Bagnolet a bien une légitimité dans le domaine culturel.
Valoriser une ville à l’image négative
Le patrimoine culturel dans l’espace public est riche, mais il n’est pas uniforme et il est mal mis en valeur. L’une des premières actions possibles serait de faire découvrir le territoire par une « cartographie sensible » : parcours sonores, jeux de rôles, identification plus forte des oeuvres… Un travail avec des photographes peut aussi permettre de témoigner et de modifier la perception qu’on a d’une ville, comme cela a été fait à Clichy sous Bois (« Clichy sans clichés ») en 2005. Autre axe important : créer un lieu sur la danse contemporaine, faire de Bagnolet un territoire d’exception dans ce domaine.
Deux villes en une
Il existe 2 espaces cohérents mais opposés : l’ambiance « village » et les paysages métropolitains. Le paysage métropolitain, avec ses grands immeubles et ses grands axes de circulation, peut véhiculer une image positive de la modernité, à l’image de ce qui se fait à Time Square (New York) ou à Tokyo par exemple. L’échangeur de la Porte de Bagnolet pourrait être « habillé » de lumières et de sons… Quant au côté « village » du centre ancien, il peut aussi être valorisé comme tel, à l’exemple de Greenwich Village à Londres, devenir un quartier cosy, préservé mais branché sur la modernité.
Favoriser les liaisons entre les quartiers
Le territoire est morcelé, il y a des coupures urbaines, des limites floues, une centralité qui ne joue plus son rôle. Plutôt qu’un « boulevard des arts » (suivant la rue Sadi Carnot et reliant la Porte de Montreuil aux Lilas), il serait plus pertinent d’établir un parcours artistique articulé autour de 4 pôles structurants qui existent déjà : l’entrée de ville, le centre-ville, la dalle Maurice-Thorez, le château de l’Etang.
Animer la ville
Comment attacher des artistes et des compagnies à un territoire ? Plus que créer des ateliers individuels, créer des espaces de type « plateau technique » collectifs permettrait de créer des lieu de fabrique artistique, d’irriguer le territoire de résidences d’artistes, d’attirer le public, notamment les nouveaux arrivants. Créer un lieu de création culturelle couplée à un lieu hédoniste. Dans un premier temps, cela peut prendre la forme de moments forts, autour d’activités ou de visites insolites, à l’exemple de ce que fait la Ferme du Buisson (à Noisiel), avec ses « Nuits Curieuses ».
Développer un territoire en difficulté économique
Il serait souhaitable d’encourager le développement du secteur du Multimédia à Bagnolet. Cette activité est souvent le fait de toutes petites structures, parfois individuelles, de travailleurs indépendants qui travaillent chez eux. L’activité artisanale ou de petite industrie a créé à Bagnolet une esthétique urbaine qui plait aux jeunes artistes, aux concepteurs de jeux vidéos. Créer un espace de rencontres et d’échanges serait très attractif pour eux, à l’instar de ce que fait « la cantine » dans le « Silicone Sentier » à Paris. Bagnolet pourrait également intégrer Cap-Digital, un pôle de compétitivité francilien.
Jean-Dominique Secondi, architecte, a créé et dirige depuis 1996 la société Art Public Contemporain, qui assiste les collectivités et les maîtres d’ouvrage dans leurs commandes d’art public. APC produit des œuvres d’art dans l’espace urbain (en particulier autour de lignes de tramway, comme à Strasbourg ou Nice) et des événements (par exemple plusieurs éditions de la Nuit Blanche à Paris).
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